

Bernard STIEGLER était un philosophe français, l'une des figures les plus originales et les plus influentes de la philosophie française. Né à Villebon-sur-Yvette, son parcours intellectuel fut marqué par une expérience singulière : il prépara sa thèse en philosophie pendant les cinq années qu'il passa en prison (1978-1983), condamné pour braquages. Docteur en philosophie sous la direction de Jacques Derrida, il fut directeur du département du développement culturel du Centre Pompidou puis directeur de l'Institut de Recherche et d'Innovation (IRI).
Son œuvre maîtresse, la trilogie La Technique et le Temps (1994-2001), constitue l'une des analyses philosophiques les plus ambitieuses de la technique et de ses effets sur la temporalité humaine. S'appuyant sur Simondon, Derrida et Heidegger, il y défend la thèse que l'être humain est fondamentalement un être technique : c'est par la technique — les « rétentions tertiaires », les objets qui externalisent la mémoire — que l'humain se constitue comme tel. La technique n'est pas un simple outil mais la condition même de la temporalité humaine et de la transmission culturelle.
Dans ses ouvrages ultérieurs — De la misère symbolique (2004), Prendre soin (2008), États de choc (2012) — il développa une critique de l'économie de l'attention et du capitalisme des plateformes numériques, montrant comment ceux-ci détruisent les « savoirs faire » et « savoirs vivre » qui constituent le tissu de l'existence humaine. Sa pensée, nourrie d'une profonde inquiétude sur les effets destructeurs des industries culturelles et numériques, propose une pharmacologie de la technique : la technique est un pharmakon, à la fois poison et remède.