

ARISTOXENE de Tarente était un philosophe péripatéticien connu comme le plus important théoricien de la musique de l’Antiquité grecque. Élève d’Aristote, il développe une philosophie très critique envers Platon et une approche originale du rapport entre corps, âme et musique.
La Souda attribue à Aristoxène environ 453 ouvrages, portant sur la musique, le rythme, l’éthique et la philosophie, mais seuls des fragments et surtout une partie de ses Éléments harmoniques nous sont parvenus et constituent le plus ancien traité d’harmonique conservé presque intégralement. Dans ces Éléments harmoniques, il fonde une véritable « science » de la musique qui se détache du pur formalisme mathématique pythagoricien : il fait de l’écoute (aisthesis) et de la pensée rationnelle (dianoia) les deux critères fondamentaux pour analyser intervalles, échelles, genres et modes.
Il appartient à l’école péripatéticienne, mais se distingue par une attitude nettement anti-platonicienne, notamment sur la question de l’âme. Contre la conception platonicienne d’une âme séparée du corps et immortelle (comme dans le Phédon), il propose une analogie : l’âme est au corps ce que l’harmonie est aux éléments d’un instrument, c’est‑à‑dire un certain ordre ou tension résultant de la structure corporelle, ce qui tend vers une conception plus immanente et « musicale » du psychique.
Sur le plan méthodologique, il rompt avec la tradition pythagoricienne qui réduit la musique à des rapports numériques abstraits et soutient que l’analyse musicale doit partir de ce que l’oreille perçoit comme continu, puis seulement ensuite être « mesurée » et conceptualisée, faisant de l’expérience sensible la base de la théorie. Cette priorité donnée à la perception, articulée à une réflexion rationnelle, en fait une figure majeure dans l’histoire de l’esthétique musicale et un précurseur des approches empiriques de la musique.
Sa tentative d’arracher la musique à un pur mathématisme, en la pensant comme un objet à la fois sensible et rationnel, en fait aussi une figure originale de la philosophie antique, au croisement de l’esthétique, de la psychologie et de la théorie de la connaissance.