

Anne FAGOT-LARGEAULT est une une philosophe et psychiatre française, élève de l’École normale supérieure de jeunes filles, agrégée de philosophie en 1961, elle a combiné une carrière académique brillante – professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne puis au Collège de France (chaire de philosophie des sciences biologiques et médicales de 2000 à 2009) – avec une pratique hospitalière en psychiatrie à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Membre de l’Académie des sciences depuis 2002, elle incarne une figure rare à la croisée de la médecine, de la philosophie et des sciences du vivant.
Sa philosophie se déploie dans trois directions principales, toutes liées à l’épistémologie et à l’ontologie des sciences biologiques et médicales. D’abord, elle analyse le raisonnement diagnostique : logique inductive, probabilités, heuristiques, en soulignant les limites de la certitude dans un domaine probabiliste par nature. Ensuite, elle interroge la causalité : distinction entre causalité mécanique et téléologique, preuves épidémiologiques, rôle des modèles explicatifs dans la compréhension du vivant. Enfin, elle s’attache à l’éthique : méthodologie des essais cliniques, dilemmes bioéthiques, responsabilité dans un univers contingent où l’humain influence activement l’avenir.
Dans ses ouvrages comme Ontologie du devenir ou Médecine et philosophie, elle revisite les thèmes du temps, de l’évolution et du vivant en dialogue avec Héraclite, Bergson ou les sciences modernes. Elle défend une science du devenir contre l’immobilisme parmnénidien : le flux permanent du réel exige des concepts fluides, une intuition intellectuelle capable de saisir l’instabilité des êtres vivants sans les figer en essences. L’évolution darwinienne, loin d’être une téléologie, révèle un univers de contingences où l’action humaine porte une responsabilité prospective .
Son apport le plus original réside dans une anthropologie bio-médicale qui refuse le réductionnisme : la médecine suppose une métaphysique du mal, une épistémologie du normal/pathologique et une éthique équilibrant l’autonomie individuelle, le bien du patient et l’intérêt collectif. Professeure honoraire influente, elle a formé des générations à penser la vie non comme un donné stable, mais comme un processus à comprendre et à orienter éthiquement.