

Andreï BIÉLY était un romancier, poète, philosophe et théoricien du symbolisme russe. Fils du mathématicien Nikolaï Bugaïev, formé aux sciences naturelles et à la philosophie, il développa une pensée philosophique extraordinairement érudite et syncrétique, combinant le symbolisme poétique, l'anthroposophie de Rudolf Steiner, le néokantisme et la mystique chrétienne.
Sa contribution philosophique et littéraire est d'une originalité exceptionnelle. Son roman Pétersbourg (1913-1914), reconnu comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature mondiale du XXe siècle, est un roman philosophique sur la décomposition de la culture pétersbourgeoise-européenne et la crise de la conscience moderne — une prophétie littéraire de la révolution russe. Sa technique narrative, fondée sur la rythmisation de la prose et l'exploration de l'inconscient, anticipe Joyce et le roman moderniste occidental. Ses mémoires en trois volumes sur sa relation avec Alexandre Blok et sur les cercles symbolistes de l'époque constituent une source irremplaçable pour l'histoire de la culture russe.
Sa philosophie du symbolisme, développée dans ses essais Symbolisme (1910), Arabesques (1911) et Sur la frontière de deux siècles, cherche à fonder une théorie unifiée de la culture, de la conscience et de la création artistique sur la base du néokantisme et de l'anthroposophie steinerienne. Sa vision du symbolisme comme « art de la construction du monde » — où la création artistique participe à la constitution de la réalité — est l'une des théories esthétiques les plus ambitieuses de la culture russe. Son rapport à l'anthroposophie, qu'il pratiqua intensément dans les années 1910, illustre la dimension mystique et théosophique du symbolisme russe.