

Abel REY était un philosophe français spécialiste d'histoire et de philosophie des sciences, qui contribua de manière décisive à l'institutionnalisation de cette discipline en France dans la première moitié du XXe siècle. Agrégé de philosophie et docteur ès lettres, il fut professeur à la Sorbonne et fonda avec Lucien Lévy-Bruhl et Henri Berr l'Institut d'histoire des sciences et des techniques en 1932. Son œuvre étendue embrasse l'histoire de la physique antique et moderne, la théorie de la connaissance et l'épistémologie générale.
Sa thèse principale, La Théorie de la physique chez les physiciens contemporains (1907), est une analyse comparative des différentes interprétations philosophiques de la physique moderne au tournant du XXe siècle, examinant les positions de Mach, Duhem, Ostwald et Poincaré. Rey y défend un réalisme critique nuancé, qui reconnaît la valeur objective des théories physiques sans pour autant verser dans un réalisme naïf. Cette position lui vaut l'attention de Lénine qui le cite — de manière critique — dans Matérialisme et empiriocriticisme.
Dans sa grande synthèse en plusieurs volumes sur La Science orientale avant les Grecs et La Jeunesse de la science grecque, Rey tenta une reconstruction rigoureuse des origines de la pensée scientifique en Mésopotamie, en Égypte et dans la Grèce archaïque, travail pionnier dans le domaine de l'histoire des sciences anciennes. Son œuvre illustre parfaitement le projet intellectuel du Centre International de Synthèse de Henri Berr : relier philosophie, sciences et histoire dans une perspective d'ensemble sur le progrès de la connaissance humaine.