
Le Slavophilisme est une doctrine intellectuelle et culturelle née en Russe qui plaide pour une voie propre à la Russie, distincte de l’Occident européen. Ce courant s’oppose aux « occidentalistes », qui souhaitent moderniser la Russie en s’inspirant des modèles politiques et sociaux de l’Europe occidentale (parlementarisme, libéralisme, capitalisme). Il apparait après la défaite de Napoléon en 1812 et durant le règne de Nicolas Iᵉʳ (1825–1855), période où une partie des élites russes commence à remettre en question l’occidentalisation imposée par Pierre le Grand et Catherine II. Les officiers russes qui ont fréquenté l’Europe et découvert les idées libérales (constitution, droits de l’homme) suscitent un débat entre ceux qui veulent imiter l’Occident et ceux qui défendent une identité russe fondée sur l’orthodoxie, les traditions paysannes et l’autocratie.
Mettre l’accent sur la spécificité spirituelle et historique de la Russie, héritée de ses racines slaves et de l’orthodoxie. Les slavophiles considèrent que la société russe, centrée sur la communauté paysanne (mir), l’Église orthodoxe et l’autocratie, incarne une forme de vie plus « harmonieuse » que celle de l’Europe, jugée trop rationaliste, matérialiste et individualiste.
Les principaux penseurs du mouvement sont des intellectuels moscovites comme Alekseï Khomiakov, les frères Aksakov, les frères Kireïevski et Youri Samarine. Ils s’inspirent de la philosophie allemande (notamment Schelling) et du romantisme, tout en développant des concepts spécifiques comme la soborność (communion spirituelle du peuple dans l’Église) ou la narodność (esprit du peuple russe, liant foi, coutume et communauté).
Il connaît un apogée dans les années 1840–1850, avant de décliner après la guerre de Crimée, la mort de ses principaux chefs et les réformes d’Alexandre II (abolition du servage, code pénal plus libéral, etc.). Ses idées restent néanmoins influentes, alimentant des courants ultérieurs comme le pan‑slavisme, le nationalisme russe et l’eurasisme, et continuent d’inspirer des visions de la Russie comme terre intermédiaire entre l’Europe et l’Asie, chargée d’une mission spirituelle particulière.