
Falsafa le nom donné à la philosophie rationnelle pratique dans le monde arabo-islamique médiéval, de Bagdad à Cordoue, entre le IXe et le XIIe siècle. Née du grand mouvement de traduction des textes grecs (Aristote, Platon, Plotin) en arabe, elle tente d'harmoniser la raison grecque avec la révélation islamique.
Al-Kindi (801–873), considéré comme le "père de la Falsafa", fut le premier à introduire la philosophie grecque dans la pensée islamique. Al-Farabi (872–950) construisit une cité idéale philosophique inspirée de Platon. Avicenne (Ibn Sina, 980–1037) synthétisa Aristote et le néoplatonisme dans une vision de l'être, de l'âme et de l'intellect d'une portée immense.
Ces philosophes furent confrontés à une tension fondamentale : la raison peut-elle contredire la foi ? Al-Ghazali répondit par un "oui" dévastateur dans son Incohérence des philosophes. Averroès (Ibn Rushd, 1126–1198) répondit à son tour dans l'Incohérence de l'incohérence, défendant la compatibilité de la philosophie et de l'islam.
La Falsafa transmit aux philosophes chrétiens du Moyen Âge (Thomas d'Aquin, Albert le Grand) l'Aristote qui leur était inconnu. Sans elle, la scolastique européenne n'aurait pas existé sous la forme que nous lui connaissons. Elle reste l'un des grands carrefours de l'histoire intellectuelle de l'humanité.