
L'Antispécisme est une position éthique qui refuse d'accorder une valeur morale inférieure à un être vivant au seul motif qu'il n'appartient pas à l'espèce humaine. Le terme « spécisme », forgé par Richard Ryder en 1970, désigne par analogie avec le racisme et le sexisme une discrimination fondée sur l'appartenance à une espèce ; l'antispécisme en est la critique. Sa formulation philosophique majeure vient de Peter Singer, dont La Libération animale (1975) constitue l'ouvrage fondateur du mouvement. L'argument central repose sur le principe d'égale considération des intérêts : ce qui fonde la prise en compte morale d'un être n'est ni son intelligence ni son espèce, mais sa sentience, c'est-à-dire sa capacité à éprouver plaisir et souffrance. Singer reprend ici une intuition de Jeremy Bentham, qui écrivait des animaux : « La question n'est pas « Peuvent-ils raisonner ? », ni « Peuvent-ils parler ? », mais « Peuvent-ils souffrir ? ».Dès lors, infliger une souffrance comparable à un être sentient non humain sans justification proportionnée constitue une faute morale de même nature que si la victime était humaine. L'antispécisme se décline en plusieurs versions. Dans sa forme conséquentialiste, portée par Singer, il s'agit de maximiser le bien-être agrégé de tous les êtres sentients, ce qui conduit à condamner l'élevage industriel et l'expérimentation animale non nécessaire. Dans sa forme déontologique, défendue par Tom Regan, certains animaux sont des « sujets-d'une-vie » titulaires de droits inviolables, indépendamment de tout calcul d'utilité. D'autres approches, comme celle de Martha Nussbaum, mobilisent la théorie des capabilités pour penser ce qu'une vie animale épanouie requiert. Le courant a nourri des débats nourris. Ses critiques lui opposent que la moralité suppose une réciprocité dont les animaux sont incapables, ou que la sentience est un critère trop large pour être opératoire. Des philosophes comme Cora Diamond reprochent à l'argumentation antispéciste de manquer ce qui se joue réellement dans notre rapport aux animaux, en le réduisant à un calcul. Malgré ces objections, l'antispécisme a profondément transformé l'éthique appliquée contemporaine et irrigue aujourd'hui le droit animalier, les débats sur l'alimentation et l'éthique environnementale.