
L'Anthropocentrisme est la position philosophique qui place l'être humain au centre ou au sommet de l'ordre du monde, en lui accordant une valeur, une dignité ou une position métaphysique que ne partagent pas les autres êtres. Sa formulation fondatrice remonte à Protagoras et sa célèbre maxime « l'homme est la mesure de toute chose », qui fait de la perspective humaine l'étalon de toute vérité et de toute valeur. La tradition chrétienne la reprend et la systématise : le récit de la Genèse confie à l'homme, créé à l'image de Dieu, la domination sur les animaux et la terre. René Descartes en donne la version moderne la plus radicale en distinguant nettement l'homme, seul doté d'une âme pensante (res cogitans), du reste de la nature réduit à une pure mécanique (res extensa) — les animaux ne sont que des automates sans conscience ni souffrance véritable. Il fait ainsi de l'homme, selon sa formule, « comme maître et possesseur de la nature ». Emmanuel Kant prolonge cette hiérarchie sur le plan moral : seuls les êtres rationnels sont des fins en soi et possèdent une dignité ; les animaux, dépourvus de raison, n'ont qu'une valeur instrumentale et ne peuvent être maltraités que parce que la cruauté envers eux risque d'endurcir l'homme envers ses semblables — et non pour eux-mêmes. Cette centralité de l'humain a longtemps structuré la métaphysique, la théologie et l'éthique occidentales, justifiant l'exploitation des ressources naturelles et animales comme allant de soi. Elle n'a été explicitement nommée et interrogée comme telle qu'au XXe siècle, lorsque l'écologie et l'éthique animale en ont fait leur cible critique : Peter Singer et l'antispécisme, ou les penseurs de l'écologie profonde, lui reprochent de fonder une discrimination arbitraire — le « spécisme » — comparable au racisme ou au sexisme, en accordant une valeur morale sur le seul critère de l'appartenance à l'espèce humaine plutôt que sur la sentience ou les intérêts réels des êtres concernés. D'autres courants, comme le biocentrisme ou l'écocentrisme, proposent d'élargir le cercle moral à l'ensemble du vivant, voire des écosystèmes, pour dépasser ce qu'ils considèrent comme un parti pris injustifié de l'espèce humaine sur elle-même.